NICOLAS NDIAYE, SECRETAIRE GENERAL : « Notre estime pour Bathily est toujours là »

Secrétaire général par intérim depuis le départ de Mamadou Ndoye de la direction de la Ligue démocratique, Nicolas Ndiaye a été confirmé à la tête du parti des « Jallarbistes » au sortir du congrès ordinaire qui a eu lieu les 6 et 7 octobre 2018. Enseignant à la retraite et député de la coalition, Benno Bokk yaakar, M. Ndiaye qui a bouclé plus de 40 ans de militantisme souligne que la Ligue démocratique va continuer d’être une force d’analyse et de proposition tout tentant d’être plus qu’avant une force électorale. 

Quelles sont les grandes décisions issues du 8ème congrès de la Ld ?

Ce congrès ordinaire intervient cinq après notre septième congrès. Il était le huitième. Au cours d’un congrès ordinaire, nous renouvelons nos instances. Nous évaluons aussi le chemin que nous avons parcouru au cours des 5 ans et nous dressons des perspectives. Du point de vue des perspectives, le congrès a déterminé trois grands chantiers. Le premier est conserver ce que nous étions, c’est-à-dire un parti de militants convaincus qui était une force d’analyse et de proposition. Nous allons conserver cela et le renforcer. Nous allons prendre les dispositions sur le plan de l’organisation et du travail pour être une force intellectuelle, faire des recherches comme on avait l’habitude de le faire. Nous allons continuer d’analyser la situation de notre pays, du pays, de l’Afrique et du monde  et voir ce que nous pouvons pour faire avancer les choses.  Pour le deuxième chantier, nous allons renforcer du point de vue du nombre et de la qualité nos militants. Nous allons massifier notre parti et être plus qu’avant une force électorale. Pour le troisième chantier, au 6ème congrès, nous avions pris la décision de travailler à l’émergence d’un grand parti de rassemblement. Le 7ème congrès avait réitéré cette décision. Le 8ème congrès a fait la même chose. Nous allons essayer de mettre en place ce grand parti de rassemblement.

Les partis de gauche sénégalais peinent souvent à être des forces électorales. Que comptez-vous faire pour mettre fin à cela ?

Nous allons essayer de recruter, de communiquer, d’être une force d’analyses et de propositions. Nous allons aussi essayer comme mieux qu’avant de nous comporter de manière à ce que nos propositions et nos offres attirent les Sénégalais. Les partis de gauche étaient généralement constitués d’une élite. Nous étions très sélectifs dans le recrutement. Mais depuis un certain nombre d’années, de parti de classe nous devions devenir un parti de masse. Mieux qu’avant, nous allons essayer d’être ce parti de masse. En 1999, nous avons voulu faire une alternance. Nous étions quatre partis de gauche ( Ld/mpt, Aj/Pds, Pit, Udf Mboolo mi) à nous être rassemblés pour former le pole de gauche. Mais électoralement, nous savions que nous étions assez faibles.  Pour renverser le Ps, il nous fallait, sur le plan électoral, chercher autre  chose. C’est pourquoi, nous sommes partis prendre Abdoulaye Wade en discutant avec lui sur un programme commun.  C’est cette démarche qui a permis de battre le Ps, parce que nous avions réussi à mettre une dynamique populaire pour porter nos idées. Si les partis de gauche étaient forts, nous ne serions pas obligés d’aller chercher Abdoulaye Wade. Cette  faiblesse électorale traverse toute l’histoire des partis de gauche.  Il nous faut rompre avec ça et essayer autant que possible de nous massifier  pour être une force électorale.

D’aucuns disent que vous êtes des faiseurs de roi, mais jamais roi…

C’est  en partie vrai. Nous avons allumé une dynamique qui a amené Abdoulaye Wade au pouvoir. Tout le programme commun que nous avions fait ensemble  n’a pas été respecté par Abdoulaye Wade. Il a commencé à dévier par rapport au chemin que nous avions tracé pour la première alternance. Et nous avons été obligés de le laisser. Nous avons été obligés de le combattre, parce qu’Abdoulaye Wade s’est  révélé être pire que le régime que nous avions combattu.  C’est ainsi que nous avions formé le Cpc-G 10-Ld,  la Cpa, le Front siggil Sénégal  et Benno Siggil Sénégal. C’est ce grand rassemblement qui est arrivé  à bouter hors du pouvoir le régime d’Abdoulaye Wade.

Le congrès vous a confirmé au poste de secrétaire général du parti. Comment avez-vous accueilli ce choix ?

Nous avons fait un congrès qui a rassemblé une foule immense au Cices. Au cours de ce congrès, toutes les fédérations du pays étaient présentes. Et nous comptons renforcer le maillage du territoire national. J’ai été confirmé comme secrétaire général de la Ld. J’accueille cette confirmation avec beaucoup de modestie, mais je mesure à sa juste valeur l’honneur qui m’a été fait par les camarades. Ce parti c’est toute ma vie. J’y suis depuis 41 ans. J’ai commencé par être un étudiant Ld, enseignant Ld, fonctionnaire dans l’administration. Maintenant, j’ai pris ma retraite. Je suis un retraité Ld, député à l’Assemblée nationale. Je ne suis pas le plus riche. Je ne suis pas le plus intelligent. Je ne suis pas le plus diplômé. Si les camarades ont eu confiance en moi, je mesure tout l’honneur qui m’a été fait. Je prends la résolution de ne ménager aucun effort  pour remplir la mission que les camarades m’ont confiée.

Quelle est cette mission ?

C’est de mettre en œuvre les décisions du congrès notamment les trois grands axes dont je viens de vous parler.

Lors du congrès, on n’a pas vu certaines figures du parti dont l’ancien secrétaire général, Abdoulaye Bathily. Le divorce est-il consommé avec lui ?

Il n’y a pas rupture. Nous continuons à avoir de bonnes relations avec l’ancien secrétaire général, Abdoulaye Bathily. Nous échangeons avec lui, mais il a clairement dit qu’il ne fait plus de la politique au quotidien. Nous respectons sa décision. C’est pour cela  que vous  ne l’avez pas vu au congrès.  Il a dit qu’il ne fait plus de la politique quotidiennement. Il donne son avis sur les questions qui agitent la scène nationale. Mais notre considération, notre estime et notre affection pour Abdoulaye Bathily sont toujours là.

Est-ce que vous êtes ouverts à des retrouvailles avec les anciens camarades frondeurs ?

La porte de la Ld est ouverte à tous les citoyens sénégalais. Tout citoyen qui veut adhérer à la Ld est le bienvenu à plus forte raison les camarades avec qui nous avons fait 30 ans de compagnonnage. Nous ne crachons pas sur le passé. Nous ne pouvons pas cracher sur les liens qui nous unis au cours du temps. Ils ont fait avec nous un bout de chemin et quelque fois dans des conditions très difficiles.

 

Pourquoi le congrès a réaffirmé l’ancrage de la Ld dans Bby ?

Le congrès s’est déroulé d’une manière apaisée. Il n y a pas eu de tiraillement sur toutes les questions. Nous avons eu un large consensus sur toutes les questions discutées. Cela ne veut pas dire unanimisme, mais nous avons un large consensus sur toutes les questions qui ont été discutées notamment notre appartenance à la coalition Benno Bokk Yaakar. Cette appartenance à Bby se justifie par trois raisons. La première, dans Benno Siggil Sénégal, nous avions dit, nous allons lutter ensemble, gagner ensemble et gouverner ensemble. Celui que le peuple sénégalais a mis à sa tête était avec nous. Nous avons donc gagné. Et nous gouvernons ensemble. Nous sommes présents à l’Assemblée nationale, au conseil des ministres et dans d’autres institutions de la République. La seconde est qu’au niveau de Bby, il y a régulièrement  des concertations. Il y a une conférence des leaders, un secrétariat de coordination qui se réunit régulièrement. Et notre

parti émet son avis quand il est sollicité. Nous participons à l’analyse et aux décisions qui sont prises. C’est pourquoi nous avons réaffirmé notre ancrage dans Benno Bokk Yaakar. La troisième raison est que nous pensons que le bilan du président, Macky Sall dont nous sommes comptable est non seulement positif, mais nous trouvons qu’il est prodigieux dans tous les domaines. C’est une raison supplémentaire pour réaffirmer notre compagnonnage avec le président Macky Sall.

Comment la Ld aborde les opérations de collecte de signatures ?

Lors de notre dernier bureau politique, nous avons décidé à l’unanimité de parrainer  le candidat, Macky Sall. Les camarades s’activent dans Benno bokk yaakar à travers le pays. Nous avons ouvert un bureau au sein de notre siège pour recueillir les parrainages du quartier. Mieux lors de notre congrès, nous avons décidé à l’unanimité d’investir le candidat, Macky Sall, parce qu’au vu de la situation politique actuelle, nous pensons que c’est le meilleur candidat pour le pays.

 

Quel regard portez-vous sur les injures qui s’invitent souvent sur le terrain politique ?

Nous condamnons fermement ces insultes. Nous pensons que dans le débat politique, ce type de comportement d’où qu’il provienne est à condamner. Nous avons une certaine pauvreté du débat politique. C’est pourquoi l’un des grands axes du congrès a été de renforcer nos capacités d’analyses, de réflexion,  de proposition, de recherche au niveau de notre parti. Nous allons promouvoir cela dans tout le pays. Dans ce cadre, il y a un vaste champ que nous devons explorer. J’ai la forte conviction que les changements politiques dans nos pays peuvent ne pas suffire. Nous pensons que les choses qu’il faut, dépassent les cadres politiques et doivent toucher notre socioculture.

Quelle appréciation faites-vous de l’appel du khalife général des mourides qui a demandé aux acteurs de respecter le verdict des urnes ?

Nous saluons cet appel. Le Sénégal commence à avoir une démocratie mature. Nous avons eu deux alternances politiques. Après chaque alternance, les gens sont retournés au travail le lendemain. Nous pensons que le Sénégal doit respecter cette pratique qui commence à devenir une tradition. Il  n’est pas possible de frauder des élections au Sénégal. Les représentants des partis sont dans tous les bureaux  de vote. Les résultats qui sortent des urnes sont relayés par les médias au fur et à mesure que le dépouillement se fait. Notre démocratie est très avancée. Nous soutenons cet appel du marabout. Nous pensons que notre démocratie ne mérite pas des troubles postélectorales. Cette élection va se passer d’une manière démocratique. Et nous souhaitons qu’elle soit apaisée.

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