Les leçons du parrainage

Une base politique est indispensable pour briguer les suffrages des Sénégalais. Mieux, elle ne doit pas seulement être locale. Il faut exister au moins dans sept régions pour franchir l’obstacle du parrainage. Beaucoup de candidat à la candidature ont appris cette maxime à leurs dépens.  

Sur la centaine de candidats à la candidature qui avaient retiré des fiches de parrainage au ministère de l’Intérieur, seuls 27 ont pu déposer leur dossier au greffe du Conseil constitutionnel. Pis, ce nombre a connu une baisse très sensible après les vérifications effectuées. Pour cause, il y a eu beaucoup de rejets pour doublons et autres motifs comme la non-inscription du parrain sur le fichier, la non-conformité des données. Même si beaucoup de candidats ont exprimé leur déception après leur face-à-face avec les sept sages, beaucoup ne sont manifestement pas surpris. En effet, rares sont les candidats qui ont pu avoir 53 457 signatures, le minimum requis pour être admis. Espéraient-ils un miracle ou la clémence des sept sages? En tout cas, sur les 27,  cinq n’avaient aucune chance de passer. Le candidat du  Parti Républicain Démocrate du Sénégal (Prds), Mamadou Ndiaye a déposé 28 433 parrains, Mamadou Moustapha Mbacké a servi un dossier incomplet. Les fichiers des candidats, Amsatou Sow Sidibé et Mamadou Diop ont été inexploitables. Preuve que le recalage de ces candidats était irréversible. Les autres n’étaient pas loin de ce sort. Seuls 12 prétendants ont pu valider plus 30 000 parrains. Le nombre important de rejets qu’ils ont eu laisse penser qu’ils ont  rencontré d’énormes difficultés sur le terrain même s’ils indexent le système de vérification.

Cette situation prouve que la tâche n’a pas été facile notamment pour les candidats qui n’ont pas une assise politique solide. Et même le fait d’avoir une base affective ne suffit pas.  Le système de parrainage impose une dimension nationale. Beaucoup de candidats n’ont pas mobilisé 2000 électeurs dans sept régions. C’est pourquoi, le leader du Grand parti, Malick Gackou, même éliminé de la course, peut s’estimer heureux d’avoir validé 11 régions à côté de la coalition Benno Bokk Yaakar.  

Son candidat Pape Diop étant éliminé, le Porte-parole de l’Alliance bokk Gis-Gis, Moussa Diakhaté reconnait que la dimension nationale est importante. « Un parti qui n’est pas capable d’avoir 2000 signatures sur sept régions ne mérite pas de briguer le suffrage des Sénégal. L’élection présidentielle est une chose sérieuse », affirme-t-il, tout en déplorant des difficultés que les acteurs ont rencontré sur le terrain notamment l’absence du fichier pour pouvoir vérifier la fiabilité des électeurs, la méconnaissance totale du logiciel de vérification. « La vérification est électronique. On nous a demandé des signatures qui n’ont jamais été vérifiées. Il y a aussi l’impossibilité du citoyen de pouvoir se défendre en cas de double parrainage. Il y a possibilité de parrainage à l’insu des intéressés », se désole-t-il. « On fait le parrainage comme on ne le fait nulle part au monde. On part toujours d’une jurisprudence pour apprécier. Au Cap vert, quand on est candidat, on quitte le parti. En Pologne, on a la possibilité de parrainer deux candidats. Il y a eu une volonté manifeste d’écarter certains. Et ceux qui sont censés arbitrer ne sont pas outillés », ajoute-t-il.

L’envoyée spéciale du président de la République, Aminata Touré semble tirer les enseignements de ces rejets massifs. « Il faut savoir que la politique ne se crée pas ex nihilo. C’est une expérience avec les populations », a-t-elle déclaré. Pour la responsable de l’Alliance pour la République, personne ne devient  un leader local du jour au lendemain. « C’est un travail avec les populations. C’est une longue expérience avec le peuple, avec des moments difficiles, des moments de succès. Il faut que tous les candidats le sachent et retournent sur le terrain. C’était peut-être pour certains, une première expérience. On les encourage à ne pas se décourager. La politique, ce sont beaucoup d’efforts, c’est de l’endurance, c’est également une réalité », lance-t-elle.

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