MOUNDIAYE CISSE, COORDONNATEUR GENERAL DE LA MISSION D’OBSERVATION DE LA SOCIETE CIVILE : « Les résultats officiels provisoires ont confirmé les tendances que nous avions »

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Moundiaye Cissé tire un bilan satisfaisant de la participation de la Société Civile au scrutin du 24 février. Dans cet entretien, le Coordonnateur général de la mission d’observation qui regroupe plusieurs organisations souligne que les résultats publiés par la commission nationale de recensement des votes ont confirmé les tendances que la Société Civile avait à sa disposition.

La Société Civile a participé au scrutin du 24 février à travers l’envoi d’observateurs. Quel bilan tirez-vous de cette participation ?

Nous pouvons estimer globalement satisfaisant le bilan de notre participation à l’élection présidentielle.

C’est un processus qui a démarré depuis bientôt deux ans. A toutes les étapes, nous nous sommes impliqués soit pour inciter les citoyens à retirer leurs cartes et à voter ou faire l’observation électorale sans compter l’activité de médiation. Dans le domaine de la médiation, nous avons tout faitpour intégrer les institutions, notamment le Conseil constitutionnel. C’est le lieu de le remercier pour nous avoir impliqués dans le processus de vérification du processus de parrainage. Nous avons fait beaucoup de médiation entre les parties prenantes. Récemment, nous avons rencontré le président Wade. Et nous avons contribué à l’amener à renoncer à sa volonté de faire brûler les bulletins du président Macky Sall.

S’agissant de l’incitation au vote, nous avons pu déployer plus de 2000 citoyens  sur toute l’étendue du territoire national et avons contribué à côté du ministère de l’Intérieur à relever le taux de participation et le taux de retrait.

Nous avons aussi mis en place un dispositif le jour du scrutin. Avec Gorée Institute, nous avons pu déployer une mission d’observation de 3135 membres.

Si on considère qu’il y avait plus de 4 000 observateurs nationaux, nous avons mobilisé les ¾.

Le Sénégal avait accrédité 5 000 observateurs. Nous avons pu couvrir 10 835 centres de vote sur les 15 000. Cela veut dire que nous avions une présence quasi totale sur toute l’étendue du territoire. Nous avons mis en place un système de remontée des données qui nous a permis d’avoir les résultats. A 22 heures, nous avions toutes les tendances du scrutin.

Ces tendances sont-elles conformes aux résultats provisoires publiés par la commission nationale de recensement des votes ?

Les résultats provisoires proclamés ont confirmé les tendances à notre disposition.

Mais ce n’était pas à nous de donner des résultats. Nous sommes dans un pays organisé. Chaque acteur a son rôle et ses responsabilités. Il revenait à la commission de publier les résultats provisoires. Si la commission avait sorti des résultats différents de ceux à notre disposition, nous serions sortis pour nous prononcer.

C’est le lieu pour nous, de féliciter l’ensemble des acteurs. D’abord, le peuple sénégalais qui a fait preuve de maturité dans ce processus.  Le peuple est allé voter massivement, dans le calme et la discipline. Les candidats ont également fait preuve de maturité. Ils n’ont pas fait appel au soulèvement. Il faut saluer leur démarche, même si les quatre candidats de l’opposition n’ont pas félicité le président.

L’usage veut que quand un président sortant perd les élections, il félicite le vainqueur. Mais en général, quand c’est le président sortant gagne, on voit rarement les vaincus le féliciter. En 2007, l’opposition n’avait pas félicité le candidat Abdoulaye Wade.

C’est aussi heureux de constater que même si les quatre candidats contestent le résultat, il n’y a pas eu d’apologie à la violence.

C’est le lieu de féliciter le président Macky Sall pour son résultat et lui souhaiter plein succès pour son mandat, qui doit être exceptionnel.

Quel type d’irrégularités avez-vous constatées ?

Nous ne pouvons parler d’irrégularités, mais de dysfonctionnements. Lesquels, ont trait aux conséquences du redécoupage de la carte électorale. Les électeurs qui disposaient de cartes ne retrouvaient pas leurs bureaux de vote. Cela concernait près de 55 000 électeurs. Nous avions déjà alerté à ce sujet.

Il y a eu avant des actions de sensibilisation qui ont permis à des électeurs de connaitre leurs lieux de vote. Mais le jour du scrutin, beaucoup ne n’avaient pas trouvé leurs lieux de vote. Cela a touché même des autorités du pays.

Ce sont les dysfonctionnements que nous avons notés, mais le scrutin a été globalement satisfaisant. Le défi de l’organisation matérielle a été relevé.

Il faut féliciter le ministère de l’Intérieur. Nous avions beaucoup de craintes, mais il a pu relever le défi de l’organisation matérielle.

Contrairement aux législatives 2017 où nous avions noté l’absence de bulletins dans des bureaux de vote. Le matériel était disponible à presque 99%. Les bureaux  de vote étaient ouverts à 98% à l’heure et fermés à 99% à 18 heures.

Il y a eu des efforts d’amélioration du processus qui ont été faits par le ministre Aly Ngouille Ndiaye et ses services.

Est-ce que les dysfonctionnements sont de nature à changer la sincérité des résultats du scrutin ?

Ce sont quelque 55 000 électeurs qui étaient concernés quand nous avions fait le monitoring. Ce chiffre a évolué au moment de l’élection, parce que beaucoup d’électeurs ont reçu leurs cartes.

Il y a eu une grande évolution par rapport aux législatives de 2017.

Quelles sont les grandes recommandations que vous avez formulées ?

Nous avons recommandé que l’opposition et le pouvoir renouent le fil du dialogue. Cela doit être une priorité pour le président Macky Sall, pour avoir un minimum de consensus sur les règles du jeu.

Nous allons vers les élections locales. Il faut revoir la loi sur le parrainage qui est une loi à problèmes, parce qu’il n’y avait pas de consensus lors de son élaboration. Dans la pratique, nous avons constaté beaucoup de problèmes d’équité et de rupture d’égalité entre les candidats. Il faut très tôt faire une évaluation de la loi sur le parrainage et en tirer toutes les conséquences en prenant notamment en charge les questions, relatives à l’ordre de dépôt des candidats et les doublons. I

l faut donc renouer le dialogue pour arriver à l’apaisement. Beaucoup d’acteurs politiques sont en conflit avec le président Macky Sall. C’est le lieu de faire appel à une large concertation devant aboutir à l’apaisement.

Beaucoup de personnes ont été interpellées après le scrutin. C’est aussi un problème. Il faut que le président Sall joue la carte de l’apaisement et considère que toutes les sorties jugées favorables à la violence sont conjoncturelles.

Au Sénégal, la violence est conjoncturelle. Elle n’est pas structurelle. Il peut faire preuve de dépassement et appeler au dialogue. Il doit donner mandat aux acteurs qui le représenteront de s’impliquer et prendre la décision de ne pas revenir sur les éventuels consensus. Les problèmes que nous avions eus sur le processus électoral étaient liés à l’augmentation unilatérale du nombre de députés de la Diaspora sans tenir compte des conclusions des concertations. C’est cela qui a crée la rupture avec l’opposition. Macky Sall doit rassurer les acteurs en donnant des gages de bonne foi sur le respect des recommandations qui sortiront des concertations qu’il devrait initier très prochainement.

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