BRAHIMA BARRY, LEADER DU RCD : « Il faut accélérer la correction des inégalités territoriales »

Président du Conseil départemental de Vélingara et leader du Rassemblement pour la citoyenneté et le développement (Rcd), Ibrahima Barry analyse la victoire de Macky Sall dans le monde rural. Insistant sur le bilan qui a beaucoup joué en faveur du candidat de Bby, il demande la poursuite de la correction des inégalités territoriales.

Quels enseignements tirez-vous du scrutin du 24 février ?

Macky Sall est réélu dès le premier tour avec 58,26% des suffrages. Cela est très important et c’est un plébiscite. Le deuxième enseignement,c’est le taux de participation. Il a dépassé 66%. Ce qui est rare dans l’histoire politique du Sénégal. Cela dénote de la vitalité de notre démocratie. Les Sénégalais croient toujours aux élections et au processus électoral. C’est une confiance du peuple par rapport aux institutions et au déroulement des opérations électorales. C’est un fait à saluer. Nous avons vu une montée en puissance du candidat Ousmane Sonko qui est passé du plus fort reste à la troisième place avec un taux de plus de 15%. Cela est un fait marquant de cette  élection. Idrissa Seck avec les votes de Thiès et de Touba est venu à la deuxième place. Les Sénégalais de certaines villes ne choisissent pas suivant un bilan. Ce sont les zones périphériques qui ont été le plus impactées par les politiques du président de la République et elles ont voté massivement. C’est un signal fort. Les Sénégalais de la périphérie ont vu leurs conditions évoluer positivement durant le premier mandat. Je prends pour exemple les régions de Tambacounda, Kédougou, Kolda, Kaffrine qui ont voté massivement, en dehors du Fouta, pour le candidat, Macky Sall. Le bilan a été positivement sanctionné. Mais les réalisations n’ont pas été visibles dans la région de Ziguinchor où le président de la République a beaucoup faitavec unbilan largement positif. Si nous voyons les nombreux projets à travers l’Anrac et le Ppdc, le désenclavement aérien, maritime et terrestre, la relance du tourisme, nous pensons qu’il n’a pas été payé à la juste mesure des efforts consentis.

Qu’est-ce qui a été à l’origine de la défaite du candidat Sall à Ziguinchor ?

Il ne faut pas se voiler la face. Il y a eu un vote affectif. Il faut également dire qu’il y a eu des querelles internes entre des responsables qui n’ont pas bien géré les préoccupations des électeurs. Les responsables locaux ont été sanctionnés. Le président a gagné dans la Casamance naturelle, mais ce qui s’est passé à Ziguinchor est assez inquiétant. Le chef de l’Etat a concentré beaucoup d’efforts dans cette région. Certains parlent d’un vote affectif, mais j’estime qu’il faut trouver d’autres raisons. Peut-être, le contact avec les populations locales n’a pas été très bien établi pour mettre en exergue les nombreuses réalisations du chef de l’Etat.

Qu’est-ce qui a permis la victoire du candidat de Bby dans le département de Vélingara ?

Benno Bokk Yaakaar a largement gagné mais la victoire aurait été plus importante si les responsables étaient allés dans l’unité et les moyens utilisés à bon escient. Vélingara est un département très enclavé où le déplacement vers les bureaux de vote se fait difficilement. Il faut un moyen de transport pour faciliter le déplacement des électeurs. Si nous avions travaillé dans l’unité, nous aurions pu atteindre 80% dans le département de Vélingara, mais il faut se réjouir de la large victoire. Notre score avoisine 70% avec plus de 47.000 voix pour le président Macky Sall. Tous les observateurs ont vu l’apport du Rcd dans cette large victoire. Notre parti a mouillé le maillot. Les militants du Rcd sont sortis massivement lors du passage de la caravane du candidat Macky Sall, à Saré Bassi. Nous avons fait des tournées dans les autres régions de la Casamance. Nous avons organisé un grand meeting à Khar Yallah. Le candidat était venu même nous féliciter. Cela est un motif de satisfaction pour notre parti. Nous avons battu campagne avec nos propres moyensavec conviction, parce que nous estimons que le président de la République est en train de bien travailler pour le Sénégal. Nous estimons quepour l’intérêt du pays, tout le monde doit l’appuyer. Macky Sall a été le meilleur candidat. Il a assuré durant son premier mandat et a rassuré. Nous sommes heureux de voir que 58,26% des électeurs sont du même avis que nous.

Quelles sont les attentes rurales notamment celles de Vélingara ?

Nous avons besoin de structures de formation professionnelle. Le président a promis d’installer des centres de formation professionnelle dont un à Vélingara. C’est une importante mesure. Le premier défi de l’emploi des jeunes est la formation. Nous n’avons aucune structure de formation dans le département. Nous demandons aussi l’élargissement des bourses familiales. Il faut que le montant soit revu à la hausse. D’une manière générale, nous souhaitons une accélération de la politique de distribution des richesses du pays. Nous voulons aussi l’accélération du Pudc. Le rythme d’électrification rurale est lent dans le département de Vélingara. C’est un fait. Nous souhaitons la construction de pistes de production et le renforcement du matériel agricole. Nous attirons également l’attention du président de la République sur la situation de la campagne arachidière. Le rythme d’achat de la production est lent.

Le président a promis de prendre en charge ces questions. Etes-vous optimiste ?

Nous avons bon espoir au vu de ce qu’il a fait durant son premier mandat. Nous pensons qu’il va concrétiser les projets annoncés. Il y a un déficit en investissement dans les zones rurales. Le rythme doit être augmenté. Nous n’avons aucune raison de ne pas le croire. Il faut aller vers une plus grande redistribution des richesses. Les Sénégalais de la périphérie ont été longtemps oubliés par les pouvoirs publics depuis que le pays a accédé à l’indépendance. Macky Sall est en train de corriger les inégalités territoriales. Il faut qu’il continue en accélérant le rythme.

Quelles perspectives tracez-vous pour votre parti ?

Nous sommes un jeune parti mais je suis satisfait de la massification. Nous avons beaucoup d’adhésions. Vélingara est devenu un bastion sûr du Rcd. Et nous sommes en train d’étendre nos tentacules dans la Casamance naturelle et le reste du pays. Nous avons accompagné le président de la République pour la présidentielle. Maintenant, nous nous organisons pour être présents aux élections locales. Notre parti briguera le maximum de collectivités territoriales au Sénégal. Nous allons nous battre sous notre propre bannière.  C’est notre principe même si nous n’excluons pas de nous allier à d’autres forces politiques parce que nous sommes dans un monde de coalition. Vu l’émiettement de l’électorat, il faut forcément de grands ensembles pour gagner des élections, mais le principe que nous posons est que nous voulons exister au-delà des élections locales et nous allons nous battre pour contrôler le maximum de collectivités.

Pensez-vous qu’il sera possible de nouer une alliance à Vélingara si l’on sait qu’il y a eu des divergences lors de la présidentielle ?

Les responsables locaux de l’Apr nous préparent déjà à ce qui va venir. Nonobstant notre force dans le département de Vélingara, ils n’ont pas voulu nous associer aux comités électoraux. Ce qui est paradoxal, parce que notre parti est présent dans les comités électoraux du reste du pays. Cela augure déjà de batailles âpres lors des élections locales. Nous sommes prêts à engager le combat. La mayonnaise ne peut pas prendre entre les responsables locaux et nous. Nous nous préparons. Nous avons aidé le président de la République, mais nous sommes un parti autonome. Nous allons exister. L’unité n’est pas possible.

Propos recueillis par B. DIONE

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