ABDOU WAHAB BEN GELOUNE, MOUVEMENT « WAHAB PRESIDENT » : «Faire de la défaite un chemin pour le succès »

Recalé lors des parrainages pour la présidentielle, Abdou Wahab Ben Geloune, leader du mouvement « Wahab président »,répond positivement à l’appel du président Macky Sall pour des retrouvailles de toutes les forces politiques. Dans cet entretien, il souligne que le candidat Macky Sall a été plébiscité. Mais Ben Geloune tire la sonnette d’alarme après son constat d’une montée de l’intolérance dans les discours.

Après avoir été recalé lors du parrainage, vous avezsoutenu le candidat Macky Sall. Pourquoi ce soutien ?

Il me fallait faire un choix. Le choix de la sérénité, de la stabilité. Macky Sall est le meilleur choix pour les cinq prochaines années. Il y a des convergences entre son programme et le nôtre, notamment dans les domaines de l’entrepreneuriat, de l’école de la deuxième chance et des cantines scolaires pour les enfants, entre autres. Cette convergence nous a amenés à décider de le soutenir. Nous n’avions pas besoin de marchander. Ce n’est pas cela le plus important. Ce qui est essentiel est de proposer aux Sénégalais un programme et s’ils n’y adhèrent pas, voir parmi les programmes qui étaient en compétition le meilleur.  Nous avons estimé que le programme de Macky Sall était le meilleur. Son programme a rassuré la majorité de notre mouvement. Nous avons fait un choix collégial.

Est-ce que ce choix a été difficile ?

Soutenir le président, Macky Sall, était le choix le plus difficile à faire. Nous sommes arrivés à un moment où une frange de la population ne nous donnait plus le choix. Même notre liberté d’expression en était arrivée à être complètement réduite sur les réseaux sociaux qui sont un espace public comme les autres. Ils devraient d’ailleurs être régis de la même manière que la vie publique. Aujourd’hui, on ne peut pas être insulté publiquement parce qu’on a affiché son appartenance. La loi est là, mais sur les réseaux sociaux, cela est permis. Notre liberté d’expression a été totalement bafouée. Nous savions  qu’en prenant cette décision, nous serions attaqués et traités de tous les noms d’oiseaux. Cela a été d’une violence inouïe. Pendant quatre jours, nous avons subi des attaques via  nos pages sur facebook ounotre compte tweeter. Tous les jours, les gens venaient déverser leur haine du matin au soir.

Comment avez-vous accueilli ces attaques ?

Je suis républicain. Je suis bien éduqué. Chacun est ambassadeur de sa famille. Pour moi, l’insulte est l’arme des faibles.  Nous avons tenté de discuter avec les gens qui ont un vocabulaire correct pour motiver notre choix. Mais il n’y avait aucun moyen pour débattre avec les autres. Nous étions obligés d’ignorer certains. Mais quand nous avons constaté qu’il y avait parmi eux des jeunes frères dotés d’un potentiel et pour qui nous avons de l’admiration, parce que dans la vie de tous les jours, ils font des choses qui peuvent être bénéfiques pour la société, nous leur avons demandé de faire  attention. En tant qu’entrepreneur, je sais que les traces que l’on laisse sur les réseaux sociaux peuvent vous être imputables dans le futur, surtout si vous aspirez à gravir des échelons. Nous avons vu des hommes politiques ou dirigeants qui ont été limogés pour des propos tenus sur les réseaux sociaux. Cela pose même la nécessité de mieux sensibiliser sur les réseaux sociaux. Ils peuvent amener de l’instabilité dans un pays mais, en revanche, très bien utilisés,ils peuvent être un formidable outil de dialogue social. J’estime que  la tolérance qui a toujours été prônée au Sénégal doit être renforcée surtout avec les jeunes qui doivent changer le pays. On sait ce que c’est l’hospitalité dans un pays. On a toujours été un pays de métissage. Ce qui a amené qu’un jeune issu de la vieille immigration avec un nom d’origine marocaine puisse se présenter à la présidentielle. Le Sénégal a toujours eu un passé d’hospitalité. On doit continuer à renforcer cela pour les générations à venir. Pendant la campagne, je l’ai vraiment ressenti. Beaucoup d’attaques allaient à l’encontre de mes origines.

Quels enseignements tirez-vous du scrutin du 24 février ?

Le citoyen sénégalais a toujours voulu exprimer le désir de vote chaquefois que l’Etat a voulu le consulter. Il l’a exprimé d’une très belle manière lors du scrutin du 24 février. Avec un taux de 66%, c’est déjà un exploit. La forte mobilisation des électeurs fait du président de la République une deuxième fois le président le mieux élu de ce pays.

Même si elle conteste les résultats, l’opposition n’a pas fait de recours…

Cela prouve que le président Macky Sall a remporté, haut la main, l’élection présidentielle. Il n’y a pas eu de recours. C’est un plébiscite. C’est pourquoi l’opposition n’a pas introduit de recours. Nous avons été recalés au parrainage, nous avons introduit un recours avec une vidéo pour argumenter nos griefs. Notre recours était bien fondé sur quelque chose. Si l’opposition ne fait pas de recours, c’est parce qu’elle n’a aucune preuve. Je suis un compétiteur. Je sais que perdre n’est pas facile, mais il n’y a que les champions qui acceptent une défaite et qui en font un chemin pour le succès. Le succès est une addition d’échecs. Nous avons une culture un peu francophone qui fait que l’échec est considéré comme quelque chose de très grave alors que dans le monde anglo-saxon, les gens se demandent toujours combien de fois telle ou telle personne a échoué pour arriver au succès. Il faut tirer les leçons de l’échec et avancer.

Quelle appréciation faites-vous de l’appel au dialogue politique lancé par le président ?

Juste après son discours, nous l’avons félicité pour cette brillante victoire, mais en même temps, nous acceptons sa main tendue. Nous appelons tous les compatriotes à se donner la main pour qu’on puisse travailler à la réconciliation et au développement de notre pays. Le président a demandé que les anciens présidents, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade prennent part au dialogue.  C’est pourquoi, nous avons compris ce dialogue comme un appel à la réconciliation. Avant et après les élections, nous avons atteint un seuil vraiment de d’antagonistes forts. A un moment donné, il faut qu’on oublie tout. Lui, en tant que père de la nation, il faut qu’il siffle la fin. Les élections sont terminées. Il enfile son costume de président de la République. En tant que père de la nation, quand les enfants ne s’entendent pas, son rôle est d’amener tout le monde à la table du dialogue pour que chacun puisse s’exprimer librement pour que des solutions soient trouvées. Il serait bien que Khalifa Sall puisse être libéré pour retrouver sa famille. Le dialogue va dans le sens de l’apaisement. L’intérêt de la nation prime sur tout. Le dialogue pour la paix sociale est indispensable.

Le président Sall a promis un million d’emplois. Pensez-vous que cet objectif peut être atteint ?

Avec un bon fonds, un collège qui va étudier les projets et un système de méritocratie, on peut même aller au de-là d’un million d’emplois. Chaque jour, on voit des jeunes qui veulent monter leurs propres business. De plus en plus, il y a de l’entrepreneuriat. Tout le monde ne pourra pas être entrepreneur, mais un entrepreneur qui a ses affaires qui marchent aura besoin d’employés. Il est aujourd’hui possible de développer, au Sénégal, tout ce qui se fait dans la biométrie. On peut faire tout ce qui concerne les objets connectés. Il est aussi possible de créer beaucoup d’emplois dans le domaine de l’agriculture surtout en faisant jouer un rôle déterminant aux agriculteurs dans les programmes d’installation de cantines scolaires. A moi seul, si l’Etat me donne des moyens, je crée un million d’emplois dans ce pays.

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