STATUT DU CHEF DE L’OPPOSITION : Un fauteuil, plusieurs équations

La Constitution du Sénégal donne une place institutionnelle au chef de l’opposition. Mais aucune disposition ne définit ses droits, ses devoirs ainsi que les critères pour le choisir.

   Le statut de chef de l’opposition a depuis longtemps fait l’objet d’une réflexion au Sénégal, mais sa concrétisation tarde. Pourtant, la Constitution sénégalaise accorde une place institutionnelle aux leaders de partis qui s’opposent à la politique du gouvernement. La loi constitutionnelle numéro 2016/10 du 5 avril 2016 consacre le statut de chef de l’opposition. Adoptée lors du référendum du 20 mars 2016, la Constitution, à son article L58, garantit aux partis politiques qui s’opposent à la politique du gouvernement le droit de le faire.

Avant la réforme constitutionnelle de 2016, la loi fondamentale de 2001 a aussi reconnu à l’opposition des droits. Mais l’ancien président Abdoulaye Wade, qui avait pourtant beaucoup réfléchi sur la question après avoir été opposant pendant 26 ans, n’a pas pu codifier ce statut qui semble s’imposer aujourd’hui avec la pléthore de leaders de l’opposition sur le terrain politique. Sous le régime d’Abdou Diouf, ce statut n’a pas été consacré, mais le chef de l’opposition était connu de tout le monde. Abdoulaye Wade, farouche opposant du premier président de la République, Léopold Sédar Senghor puis du président Abdou Diouf, était de fait le chef de file de l’opposition, selon nombre d’observateurs du terrain politique d’alors. Et pour cause, le Pds, la formation politique qu’il a créée en 1974, arrivait toujours deuxième derrière le Parti socialiste lors des élections présidentielles, législatives ou locales.   

   Mieux, Abdoulaye Wade était au cœur de toutes les mobilisations politiques de l’opposition d’alors. Il a été emprisonné à plusieurs reprises. C’est à cause de la place qu’il occupait qu’Abdou Diouf avait fait de lui son principal interlocuteur au sein des forces de l’opposition. Ce choix n’a jamais été remis en cause par Landing Savané (Aj/Pads), Abdoulaye Batihliy (Ld/mpt), Amath Dansokho (Pit) et les autres figures de l’opposition d’alors. D’ailleurs, pour venir à bout du régime socialiste, ces leaders se sont rangés derrière Me Wade en 2000 pour venir à bout du régime socialiste, après 40 d’exercice du pouvoir.

Aujourd’hui, les données ont changé. Aucun leader de l’opposition ne peut se prévaloir d’une suprématie sur les autres. A l’Assemblée nationale, le Pds et ses alliés sont majoritaires. Du coup, le statut de chef de l’opposition leur revient si le critère de choix est basé sur le nombre de députés au parlement comme cela se fait en Angleterre. Dans ce pays, la fonction est occupée par le chef du principal parti politique qui n’est pas au gouvernement. Ce qui correspond habituellement au deuxième parti le plus représenté à la Chambre des communes. Ainsi, il est considéré comme un Premier ministre alternatif. Ce poste créé en 1807 n’a été officialisé qu’en juillet 1937.

Mais le parti de l’ancien président Wade ne peut pas revendiquer une majorité si le critère de choix est basé sur les résultats à l’élection présidentielle. Le Pds ayant boycotté le scrutin, Idrissa Seck, à la tête d’une coalition composée de plusieurs personnalités du landernau politique, est arrivé deuxième derrière le président sortant Macky Sall avec 20,5 %. D’où la nécessité pour les acteurs politiques de se concerter pour définir les modalités de désignation du chef de l’opposition, identifier ses droits et ses missions.

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