AYMEROU GNINGUE, PRESIDENT DU GROUPE PARLEMENTAIRE BENNOBOKKYAAKAAR : « Le dialogue politique est le préalable à la définition du statut de chef de l’opposition »

Le président du groupe parlementaire, Benno Bokk Yaakaar,  souligne que la Constitution consacre le statut de chef de l’opposition. Mais une loi doit être votée pour encadrer cette disposition. C’est pourquoi, il estime, dans cet entretien, que le dialogue politique est nécessaire pour matérialiser ce statut.

Monsieur le président, quel regard portez-vous sur  le débat relatif au statut de chef de l’opposition ?

Le statut de chef de l’opposition est consacré par la Constitution du Sénégal dans la loi constitutionnelle numéro 2016/10 du 5 avril 2016. Cette loi est consécutive au référendum du 20 mars 2016 où il est expressément affirmé  que la Constitution garantit aux partis politiques qui s’opposent à la politique du gouvernement le droit de le faire. Il sera  ainsi accordé au leader choisi au terme de la loi un statut qui lui permet de s’acquitter de ses missions.

 C’est une disposition de la Constitution du Sénégal qui définit ce statut,les droits et devoirs y afférents ainsi que ceux du chef de l’opposition. Il reste maintenant le vote de cette loi ; ce qui suppose naturellementl’instauration d’un  dialogue  préalable entre le pouvoir d’une part, et l’opposition d’autre part, pour s’entendre sur le contenu de ce statut et définir, sur une base concertée,les critères à partir desquels  on va opérer  le choix du chef de l’opposition. 

C’est pourquoi cette main tendue du président de la République, qui appelle à un dialogue large sur toutes les questions qui concernent le renforcement de l’Etat de droit et la consolidation de notre Etat démocratique, est une nécessité pour accorder,entre autres,notre pratique démocratique  avec notre charte fondamentale qu’est la Constitution.

On note, cependant, la persistance d’une bonne partie de l’opposition dite significative dans une position de défiance face cet appel du président nouvellement réélu…

Il me plait de souligner que l’appel au dialogue et à une large concertation est une constante de la gouvernance du président Macky Sall. L’élection récente n’en est pas le vecteur car elle est  l’une des élections présidentielles parmi les  plus représentatives de l’expression populaire que nous avons connue pour avoir enregistré le  taux exceptionnel de participation de plus de 66% des inscrits. Le président de la République  a été, quant à lui, élu au premier tour avec 58,26 % des suffrages  dans un vote libre et serein. 

Passée la période de gesticulations qui suivent généralement les élections au Sénégal,  je pense que la raison va finalement prévaloir dans les rangs des perdants pour qu’ils comprennent que la page du scrutinprésidentiel est  définitivement tournée.

Les principaux acteurs doivent, cependant, en évaluer l’organisation en vue du perfectionnement continu de notre système électoral dont la fiabilité est reconnue par tous les  observateurs nationaux et internationaux que personne ne peut soupçonner de complaisance à l’égard du gouvernement ou de l’actuelle  majorité. 

L’opposition semble méfiante. Comment faire pour instaurer la confiance entre les acteurs ?

Avec certains acteurs du landerneau politique,  il ne se pose pas un problème de confiance.Il se pose un problème de déni. Il est fort regrettable que d’aucuns aient encore de la peine à sortir de cet aveuglement forcené pour comprendre que le peuple Sénégalais a acquis un niveau de maturité qui lui donne une capacité de discernement qui rend tout à fait inopérant ce mode dépassé depratique oppositionnelle. Cette manière de s’opposer, fondée sur le déni et l’invective, a fait son temps. Les citoyens attendent davantage de respect de la part de ceux qui prétendent vouloir les gouverner. D’ailleurs, l’écart colossal entre les résultats du président  Macky Sallet ses concurrents à la dernière élection du 24 février devrait, à mon avis, les faire plutôt réfléchir sur le décalage entre les malheurs qu’ils professent et l’état d’esprit réel des citoyens qui, manifestement, se reconnaissent, dans leur écrasante majorité, dans les politiques actuelles du président de la République et de son gouvernement. Ce qui ne signifie pas, pour autant, que le président MackySall, comme il l’a indiqué après la proclamation officielle des résultats, n’en reste pasmoins attentif à tous les enseignements qu’il convient de tirer de l’expression des citoyens de quelques bords qu’ils se situent; étant entendu qu’au terme de sa réélection,à partirdes choix fondamentaux effectués par les Sénégalais, il continuera de prendre en charge les aspirations au progrès de nos compatriotes et poursuivra, de  la manière la plus vigoureuse,les réformes entreprises  pour accélérer davantage la marche de notre pays vers l’émergence et le développement. C’est la claire conscience qu’il a justement de l’ampleur des défis à relever qui l’encourage à poursuivre la politique d’ouverture et d’inclusion qu’il mène depuis qu’il est à la tête de notre pays.

 Il est,cependant,utile de rappeler, à ce sujet, que les appels au dialogue et à la concertation que le président MackySalln‘a cessé de lancer depuis qu’il gouverne le Sénégal, sont adressés à toutes les forces vives de la nation.

Qu’est-ce que le statut de chef de l’opposition peut apporter de plus dans le renforcement de la démocratie ?

Il doit être compris par tous que dans une démocratie,  une fois les choix citoyens exprimés, il est de la responsabilité de  la majorité élue de conduire les politiques sur lesquelles les choix des citoyens sont majoritairement portées. C’est pour avoir engagé, avec efficacité,  les réformes qui ont permis de transformer le Sénégal dans tous les domaines, lors de son premier mandat, que nos compatriotes ont renouvelé leur confiance au président MackySall, en lui accordant leurs suffrages de façon aussi massive, lui conférant ainsi toute la légitimité requise pour continuer de gouverner notre pays dans la stabilité.

Une démocratie est, toutefois, un système qu’on doit sans cesse améliorer et renforcer pour une société  qui a toujours envie de se parfaire comme la nôtre.Et c’est pour toujours marquer sa volonté d’approfondir et d’enrichir notre expérience démocratique qui force le respect en Afrique et dans le monde que le président MackySall, son parti et notre coalition marquent  de l’intérêt pour toute innovation qui va dans le sens d’enrichir cette belle expérience qui est un réel atout  et une grandefiertéde notre nation.Un dialogue ouvert sur ce sujet et sur d’autres de même nature permettra, naturellement, de contribuer à raffermir notre belle  expérience  de démocratie apaisée. Nous nous enrichirons, bien sûr, des diverses expériences qui se pratiquent dans le monde dans cette matière. Mais en définitive,  nous nous attacherons,  comme nous l’avons toujours fait, à trouver les formules les plus convenables et les plus adaptées à notre contexte.

Quel rôle pourrait jouer le parlement pour la mise en œuvre de la loi ?

Leslois sont  votées par le parlement.Mais il faut que le dialogue s’installe entre les forces politiques pour trouver son  prolongement  à l’Assemblée nationale.Il est  intéressant de noter que divers avis s’expriment déjà sur ce  sujet. C’est pour l’instant un débat ouvert qui interpelle les acteurs et les citoyens. Notre majorité est, naturellement, en train d’élaborer son point de vue sur la question,  et à l‘arrivée, il appartiendra aux députés de décider du vote de la loi. Au regard de l’intérêt qu’il suscite, un consensus politique des acteurs permettrait de trouver un accord qui en ferait un texte  consensuel que les députés  n’auraient qu’à valider.

Le statut du chef de l’opposition sera déterminé en fonction du nombre de députés ou du nombre de voix engrangées lors des élections législatives ?

Encore une fois, il ne m’appartient pas de trancher ces questions qui doivent faire l’objet de discussions dans les  partis  de la majorité comme de l’opposition.  Il serait même indiqué que le débat soit élargi aux autres acteurs, notamment à des personnalités qualifiées …Je pense que ce sera aux termes de larges consultations que, le moment venu, le président de la République décidera, comme je l’ai déjà indiqué, et conformément à ses  prérogatives constitutionnelles, des formules les plus adaptées pour statuer sur un sujet aussi important.

Le soleil

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