OUMAR BA, MAIRE DE NDIOP : « Il faut élargir les domaines de compétences des Collectivités territoriales »

Le maire de Ndiop, dans le département de Fatick tire un bilan satisfaisant de l’Acte III de la décentralisation. Mais il estime dans cet entretien, l’Etat doit poursuivre les réformes en élargissant les compétences des Collectivités territoriales.

 Vous venez de participer à la remise des trophées organisée à Paris par l’association des Eco Maires Officiel. Quel est le bilan de votre participation ?

En ma qualité de maire d’une commune qui a opté pour son développement et sa vision pour la transition écologique, j’ai été invité par l’association française les écomaires pour participer à la cérémonie officielle de la remise de trophées des écoactions.
La cérémonie était présidée par Monsieur le Président de l’Assemblée nationale française et Monsieur le ministre d’état ministre de la transition écologique. J’ai beaucoup apprécié cette participation qui m’a permis entre autres de prendre connaissance des meilleures initiatives des collectivités territoriales en matière de transition écologique dans des domaines aussi variés que l’agro écologie , la gestion des déchets , des énergies renouvelables etc. Ces initiatives ne vont pas manquer de nous inspirer dans la mise en œuvre de notre vision de développement local.

Quelle place l’écologie occupe-t-elle dans la politique de développement local de la commune de Ndiob ?


La transition écologique est au cœur de notre vision de développement économique et social. Les modes de production et de consommation notamment dans les domaines de l’agriculture, de la gestion des déchets, des énergies… ne sont pas  en cohérence avec les préoccupations de protection des ressources naturelles et de développement durable. L’Afrique en général et le Sénégal en particulier ont eu à connaitre l’autosuffisance alimentaire. Mais les effets  conjugués de la sècheresse des années 70, la déforestation, les mauvaises pratiques agricoles, l’usage intempestif d’intrants chimiques de synthèse, les effets du changement climatique ont fini par réduire très sensiblement la fertilité des sols et par conséquent la réduction des rendements agricoles avec toutes ses conséquences. Sur le plan énergétique, l’électrification des certains villages et hameaux par le réseau électrique national n’est pas envisageable à moins termes à cause des coûts en rapport avec les préoccupations de rentabilité de la société nationale. Pour faire face à ses situations structurelles, il faut opter pour l’agroécologie et la promotion des énergies renouvelables. Si l’agroecologie peut garantir durablement l’autosuffisance alimentaire dans le respect de l’environnement et de la biodiversité,
les énergies renouvelables permettront aux populations les plus excentrés d’accéder à l’énergie et à toutes les commodités qui vont avec. C’est pour cette raison que nous avons placé la transition écologique au centre de nos programmes de développement. Les résultats commencent à se faire sentir et ils se confirmeront les années à venir.

Ndiob, ville verte, qu’est ce qui est fait concrètement pour illustrer ce slogan ?

Ndiob ville verte et écologique peut être perçu comme un slogan, mais au-delà du slogan, nos politiques de développement ont produit des résultats significatifs surtout en matière d’agro écologie. Sur un échantillon de 100 hectares de mil par exemple, nous sommes parvenus à faire passer les rendements de 600 Kg/ Hectare à 1000 kg /hectares. Ces résultats sont combinés à une amélioration sensible de la fertilité des sols. A partir de la saison prochaine, deux villages vont totalement opter pour l’agro écologie en bannissant sur toute l’étendue  de leur territoire l’usage des entrants chimiques de synthèse. Avec les résultats probants qu’on va obtenir dans ces deux villages, nous étendrons progressivement l’expérience à d’autres villages pour que d’ici trois à quatre ans tous les 18 villages de la communes adoptent l’agroecologie comme mode de développement rural. Nous avons aussi lancé une étude qui doit nous permettre d’élaborer l’atlas de la biodiversité de Ndiob ainsi qu’un programme de reverdissement de la commune. La mise en œuvre de ces programmes et les autres que nous n’avons pas pu évoquer ici, contribueront d’ici quelques années à faire de Ndiob une commune verte et résiliente.

La stratégie en matière de sécurité alimentaire a valu à la commune une distinction de la Fao. Quel impact vos actions ont sur le quotidien des populations ?

 
E
ffectivement, la Fao et ses partenaires nous ont attribué le prix de la meilleure politique agricole locale. Pour ce faire,  la Fao s’est fondée sur notre vision et notre modèle de transition écologique ainsi que notre démarche de gouvernance participative et inclusive. Cette distinction a permis de sortir Ndiob de l’anonymat en projetant la commune sur la  scène internationale. En matière de marketing territoriale, on ne pouvait pas avoir mieux. Cela nous a ouvert les portes en matière de partenariat. Beaucoup de partenaires dont la Fao elle-même  ont positivement apprécié  notre orientation et nous ont proposé des collaborations de nature à renforcer nos moyens d’intervention. Trois à 4 projets d’envergure démarreront en 2019.

Question Qu’attendez-vous de l’Etat pour les cinq prochaines années ?

Pour les cinq prochaines années, le Chef de l’Etat a annoncé cinq initiatives majeures dont celle relative à la transition agro écologie. Nous le félicitons pour la pertinence de cette initiative et lui manifestons notre volonté de collaboration pour la mise en œuvre de cette vision. Nous souhaitons que l’expérience de Ndiob soit soutenue et accompagnée pour servir de modèle de transition agro écologie dans les autres communes.

Vous êtes responsable de l’Ams. Les maires se retrouvent-ils dans l’Acte II de la décentralisation ?

Je pense que les maires se retrouvent dans l’acte III de la décentralisation. Cela ne veut pas dire qu’il n’y’a pas d’améliorations à apporter. L’acte III a permis dans un souci d’équité territoire de valoriser les communes rurales et les communes d’arrondissement pour en faire des communes de plein exercice. Cela a ouvert beaucoup de perspectives en matière de développement économiques et sociales à travers la mise en place des projets de développement qui rendent ces terroirs plus attractifs et plus compétitifs.
L’acte III n’a pas pour vocation de remettre de l’argent froid aux collectivités territoriales. Il crée plutôt un cadre qui favorise la prise d’initiatives par des élus locaux. Les collectivités territoriales ont été davantage responsabilisées par le biais de la volonté de  territorialisation des politiques publiques. Il faut maintenant poursuivre la réforme, renforcer et élargir  les domaines  de compétences
 (Agriculture, élevage, tourisme,…). On note souvent des résistances de l’administration à transférer les compétences. Il est aussi nécessaire de parachever l’architecture des ordres de collectivités territoriales par la mise en place des pôles territoriales. Les élus devraient être plus entreprenants pour pousser d’avantage par la formulation de propositions pertinentes et crédibles surtout en matière de fiscalité locale.

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