Alpha Condé, un magistère controversé

Alpha Condé, 83 ans, président de la République de Guinée, destitué hier par les militaires avait suscité beaucoup d’espoir à son arrivée au pouvoir en 2010. Mais 11 ans après, son bilan est mitigé.

  L’élection de Alpha Condé à la tête de la Guinée en 2010 avait suscité beaucoup d’espoir en Afrique, principalement dans son pays qui, depuis l’indépendance en octobre 1958, était dans le peloton de tête des Etats les plus pauvres au monde. Condé, un intellectuel était donc considéré comme un sauveur par son peuple. Cet espoir des Guinéens était légitime. Alpha Condé est un intellectuel. Diplômé en Economie, Droit et sociologie, il a enseigné à l’université parisienne de la Sorbonne. Condé devenait le premier Président démocratiquement élu de la République de Guinée. Il avait battu le candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée Cellou Dalein Diallo avec 52,5% des suffrages au second tour.

Ce désir d’un mieux-être se fondait aussi sur les difficultés que le Pr Condé a endurées avant d’arriver au pouvoir. Opposant historique au régime de Lansané Conté qui a dirigé le pays de 1984 à 2008, il a été emprisonné à plusieurs reprises. Il a connu l’exil et la répression. Le Pr Condé avait donc le profil idéal pour être un grand défenseur de la démocratie et de l’Etat de droit.

Mais 11 ans, après sa venue au pouvoir, le quotidien des Guinéens n’a pas changé. Les Guinéens peinent à joindre les deux bouts. Le pays est confronté à un manque criard d’infrastructures routières.  Cette situation a entrainé un exode massif de beaucoup de Guinéens dans les pays voisins. A titre d’exemple, le Sénégal accueille plus de deux millions de Guinéens, (Selon ambassadeur de Guinée au Sénégal, Aminata kobélé Keita interrogé par Enquête, octobre 2019). Ceux-ci s’activent principalement dans le commerce. Pourtant, le pays a des ressources pour se développer. Ce voisin du pays de la Téranga est appelé « château de l’Afrique occidentale » du fait de la densité de son réseau hydrographique. La Guinée est le 5e producteur mondial de bauxite, mais le pays possède les plus grandes réserves du minerai, dont les estimations s’élèvent à 25 milliards de tonnes, soit la moitié des réserves mondiales, selon Halco, la société propriétaire de 51 % du stock de la Compagnie des bauxites de Guinée (Cbg).

Les Guinéens ne profitent pas de toute cette richesse, en atteste la pauvreté qui secoue les ménages. Pire, le pays a été frappé par trois épidémies (Ebola, Marburg, Covid 19) qui ont tué des centaines de Guinéens du fait surtout d’une réseau sanitaire défectueux. En dépit de cette réalité, le président se targue souvent d’avoir construit des hôtels, des ouvrages hydroélectriques ainsi que des routes pour son pays. La poursuite de sa politique de modernisation fait d’ailleurs partie des raisons invoquées pour justifier un troisième mandat à la tête du pays. Un choix de trop ? En tout cas, en dépit des mises en garde de l’opposition, des appels de la société civile, le président Condé a tout fait pour faire passer une nouvelle Constitution qui lui permet de briguer un troisième mandat. Pourtant, en 2016, il avait dit partout qu’il ne modifierait jamais la Constitution. « Ce serait trahir ce pourquoi, je me suis battu toute ma vie », avait-il déclaré.  

En décembre 2019 marque le début du processus. « J’ai instruit le Ministre de la Justice d’élaborer un projet de nouvelle Constitution, indispensable au bon fonctionnement de notre pays. Ce projet fera l’objet d’une large vulgarisation avant son adoption par le peuple souverain de Guinée », avait-il déclaré.  Suivent des manifestations fortement réprimées. Dans un rapport publié le 1er octobre 2020, Amnesty International faisait état de dizaines de morts et de blessés civils lors des manifestations de contestation qui se sont succédé depuis octobre 2019.

Mais ces manifestations n’ont pas empêché le président Condé de se présenter à la présidentielle d’octobre 2020. Selon les résultats officiels, il gagne au premier tour avec 59, 5 % des voix. Les contestations de son opposant Cellou Dalein Diallo ne lui feront pas fléchir. Au contraire, l’opposant sera presque assigné à résidence. Impossible pour lui de quitter le pays. Soupçonnant visiblement le Sénégal et la Guinée Bissau de soutenir les opposants, il ferme les frontières avec ces pays. A l’intérieur, il s’appuie sur la machine répressive. Et parmi, les hommes de confiance sur qui il comptait pour se maintenir au pouvoir, son bourreau d’aujourd’hui, Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, patron des forces spéciales.

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