GORGUI CISS, PS : « pas de fixation sur une candidature socialiste en 2019»

Secrétaire national chargé des relations extérieures du Parti socialiste, le Pr Gordui Ciss n’est pas du même avis que ceux qui convoquent l’histoire pour exiger une candidature des socialistes à la prochaine présidentielle. Il estime qu’aucun parti ne peut gagner seul une élection au Sénégal. C’est pourquoi, dans cet entretien, le maire de Yenne invite ses camarades à ne pas se faire une fixation sur une candidature du Ps, si celle-ci n’a aucune chance de gagner.

Comment se porte le Ps dans le département de Rufisque ?

Rufisque fait partie des départements où le Parti socialiste est stable. Pour la bonne et simple raison que tout ce qui s’est passé dans le parti, depuis deux ou trois ans, le département de Rufisque est épargné, surtout chezles responsables de coordination. Sur les 9 coordinations du département, tous les responsables sont restés dans la ligne du parti, c’est-à-dire fidèle au bureau politique, au secrétariat exécutif national et à son leader le président, Ousmane Tanor Dieng. Pour ce qui est de la commune de Yenne, nous pouvons dire que nous continuons à nous maintenir malgré les difficultés et les assauts de nos adversaires. Jusqu’ici, nous sommes une commune gérée par un socialiste. Des 12 communes du département de Rufisque, Yenne est actuellement la seule commune gérée par un socialiste. Cela montre que jusqu’ici, les populations de Yenne sont restées fidèles au Parti socialiste et à Ousmane Tanor Dieng, son leader. Nous tenons encore à Yenne. Et je crois que nous tiendrons encore pour un certain bout de temps.

Quel est le secret de cette longétivité ?

Le secret de cette longévité est qu’il y a d’abord l’histoire de toute cette côte de Yenne qui a été marquée par deux faits majeurs. De Bargny à Djiffer, en passant par Joal Fadiouth, les populations sont restées fidèles à l’enfant du pays qui a créé le parti. Depuis cette période, compte tenu des relations que les Lébous de la commune de Yenne ont avec les sérères de la petite Côte, les populations sont attachées au Ps. Les populations sont restées fidèles à cette ligne du parti. Il y a des populations parmi lesquelles, les Lébous qui sont très fidèles. Quand elles donnent leur parole, il devient très difficile de leur faire changer d’avis. Avec l’alternance qui a eu lieu en 2000, nous avons pris la relève en nous mettant au service des populations pour apporter des changements dans la gestion locale.

Qu’est-ce qui a été apporté comme changement ?

Nous avons pu apporter des changements dans la commune. Quand le Ps a perdu le pouvoir en 2000, la première élection locale a eu lieu au mois de juin 2002, avec l’amendement Moussa Sy qui avait conduit à l’installation de délégations spéciales dans toutes les Collectivités locales du Sénégal. Depuis juin 2002, nous avons proposé un pacte aux populations de Yenne qui nous ont suivies. Nous avons essayé tant bien que mal à apporter des changements. D’abord dans le domaine de l’éducation. Quand nous sommes arrivés à Yenne, la localité n’avait pas de collège ni de lycée. Toutes les écoles n’avaient pas un cycle complet. Depuis lors, nous avons un lycée qui a plus de 1500 élèves. Nous avons un collège. Et toutes les écoles ont un cycle complet. Chaque village de la commune a également une école. Ce qui fait que quand l’enfant commence à la maternelle, il ne quitte Yenne qu’après le baccalauréat. Dans le domaine de la santé, nous avons fait pas mal d’efforts pour équiper le poste de santé. Nous avons installé une mutuelle de crédit depuis 2004 qui permet aux populations d’avoir des financements pour travailler et rembourser. Cette mutuelle qui a démarré avec moins de 200 adhérents est actuellement à plus de 500 avec un encours de plus de 500 millions. Nous avons essayé tant bien que mal à faire des choses que les populations, dans leur majorité, apprécient à sa juste valeur.

Le département de Rufisque est resté dans la ligne du parti. Qu’est-ce qui explique cela ?

Il y a plusieurs raisons. Nous sommes dans un parti organisé. Quand en 2014, à la veille du congrès, le parti a choisi un leader. Et ce choix a été opéré dans chacune des coordinations où les populations se sont réunies et ont plébiscité le président, Ousmane Tanor Dieng comme le secrétaire général. Il n’y avait pas de rival. Quand on a fait un dépouillement des procès verbaux issus des assemblées générales des différentes coordinations, Ousmane Tanor Dieng a été élu avec plus de 92% des suffrages. A la suite du congrès, on lui a donné carte blanche pour qu’il mette en place des structures et des instances de direction du parti à savoir le secrétariat exécutif national, le bureau politique et le conseil consultatif des sages. A partir de là, si Ousmane Tanor Dieng doit être démis, il faut qu’il y ait un autre congrès pour que ceux qui pensent diriger le parti puissent se porter candidat. C’est pourquoi, nous militants de Yenne, avons estimé que nous ne pouvons pas installer quelqu’un et en cours de route, parce qu’il y a des velléités de quelques dirigeants, proposer qu’on l’enlève. Par respect à la parole donnée, par respect à la volonté de la majorité du Ps, nous sommes restés dans la ligne du parti. Tout compte fait, le président Ousmane Tanor Dieng fait un excellent travail à la tête du parti.

Comment avez-vous vécu ces moments en tant qu’universitaire et haut responsable du Ps ?

Avec beaucoup de sérénité. Il n’est pas interdit à n’importe quel homme politique d’avoir des ambitions, mais il faut avoir des ambitions raisonnables. Chacun a le droit d’avoir des ambitions, mais il faut qu’elles soient raisonnables et raisonnées. Je crois que ce qui s’est passé dans le parti est à déplorer. Ce que nous avons vécu dans nos différentes bases, est qu’à un moment donné, nous avons vu des camarades qui viennent vendre des cartes de mouvement de soutien à un camarade qui est encore dans le Ps. On ne comprenait pas. On ne peut pas être dans le parti et vendre les cartes d’un mouvement qui est à l’intérieur du Ps. Cela faisait désordre. Le parti a, à plusieurs reprises, convoqué des responsables pour qu’on se parle, notamment ceux qui voulaient imposer un candidat pour la présidentielle de 2019. Nous avons tout fait, mais il se trouve qu’il y avait un mouvement qui était déjà parti. Un mouvement qui pensait que lors de la prochaine présidentielle, il devait avoir un candidat. Nous avons dit qu’on ne peut pas empêcher à quelqu’un d’être ambitieux, mais à chaque chose son temps. La même situation a continué avec le référendum qui a eu lieu au mois de mars où cette frange a appelé à voter non alors quenous avions, dans le cadre de Bennoo Bokk Yaakaar, appelé à voter oui. C’était la première défiance notable que nous avions remarquée dans nos rangs. Avant même le référendum, vous avez vu ce qui s’est passé avec le saccage de la maison du parti. Lors des élections pour la désignation des hauts conseillers qui ont eu lieu en septembre, le camp dissident a présenté une liste opposée à celle soutenue par le Ps. Ceci était d’autant plus regrettable et déplorable que le président, Macky Sall, avait décidé de confier la présidence de Haut conseil des collectivités territoriales au leader du Ps. Quand des camarades font campagne contre cette liste, c’était la position qu’il ne fallait pas avoir et qui était inacceptable. Tout récemment, le 30 juillet, avec les élections législatives, une coalition composée de plusieurs partis politiques où il y avait nos ex-camarades socialistes ont eu une liste concurrente à celle défendue par le parti socialiste. Tout cela faisait que ces camarades ne pouvaient plus être considérés comme des socialistes dans le parti. Ce qui a abouti à l’exclusion de ces camarades le 30 décembre, une soixantaine qui ne sont plus membres du Ps. C’est une page que nous avons tournée. C’est douloureux. Un militant de moins n’est pas souhaitable dans un parti politique. Comme disait l’autre, l’élection c’est l’addition, mais pas la soustraction. Mais à l’impossible, nul n’est tenu. Le Parti socialiste et sa direction ont tiré des conclusions. Le parti est en train de se massifier.

Une soixantaine de responsables dont des maires exclus. Que reste-t-il du Ps ?
Le Ps est en place. Je ne minimise pas. Même un militant de moins n’est pas souhaitable. Si vous prenez le secrétariat exécutif national qui est l’instance de direction du parti composée d’une cinquantaine de membres, il n’y en a pas 5 qui sont partis. Vous prenez le bureau politique, c’est à peu près le même pourcentage. Si vous prenez géographiquement le Ps, on peut dire, que pour l’essentiel, ceux qui sont exclus se trouvent dans le département de Dakar.

Dans un premier temps, nous sommes en train de préparer notre congrès. Nous avions eu un congrès en 2014, nous organiserons un congrès en fin 2018 pour renouveler les instances de direction et les structures de base. La vente des cartes est une période d’animation et de massification du parti. Depuis un mois, le Ps a commencé la vente des cartes. A peu près 350 000 cartes sont actuellement dans les 138 coordinations, les comités et dans tous les villages. Il n’y a pas un seul jour où vous ne trouvez pas des socialistes en train de vendre des cartes à la base. Tous ceux qui veulent également acheter des cartes au niveau central, peuvent les avoir à la maison du parti. Le Ps vend ses cartes en direction des prochaines élections ? Bien entendu, parce que nous avons un rôle central à jouer pour toutes les élections nationales qui se tiennent. Et je pense que cela va être la même chose pour les élections à venir en 2019.

Qui sera le candidat du Ps ?

Le Ps n’a pas encore choisi un candidat, mais je pense que pour comprendre notre position actuelle, il faut dire que nous sommes dans une coalition. C’est une coalition composée de plusieurs partis avec un président et des dirigeants qui sont ensembles. Le Ps peut avoir un candidat, mais qui sera de la coalition dans laquelle nous sommes. Si Bennoo à un candidat qui donne satisfaction, le Ps aura un candidat dans la coalition.
Macky Sall sera-t-il ce candidat ?

Je ne sais pas. Jusqu’au moment où je vous parle, la candidature du président, Macky Sall, n’est pas encore déclarée parce qu’il y a une procédure de déclaration d’une candidature. Elle n’est pas encore proposée de façon formelle par le parti du président, Macky Sall. Si à la suite d’un congrès d’investiture, il y a une discussion dans Bennoo Bokk Yaakaar et que la candidature de Macky Sall est acceptée par les différents partis dont le Ps, on en discute dans notre parti. Je pense que si nous sommes logiques avec nous-mêmes, un candidat que nous avons soutenu depuis 2012 avec qui nous avons cheminé ensemble, gérons le pays ensemble et dont le bilan est un bilan que nous assumons en tant que socialistes pour avoir participé à la gestion du pays, si ce candidat est choisi par Bennoo, les militants socialistes ne vont jamais le renier. Sauf dire comme d’autres, il ne peut y avoir une élection sans un candidat du Ps.

D’aucuns convoquent l’histoire pour rejeter une élection sans un candidat du Ps…

Il ne faut pas avoir un candidat pour avoir candidat. Il faut que les gens soient logiques. Nous sommes arrivés, au Sénégal, à un moment où, compte tenu de l’évolution politique de notre pays, c’est ma conviction à moi, qu’aucun parti, pris individuellement, ne peut plus gagner une élection. Impérativement, tous les partis qui aspirent à gouverner ce pays doivent le faire dans une coalition. Et comme nous sommes dans une coalition dans laquelle nous nous retrouvons, même si nous pouvons trouver à redire parce que certains pensent que nous ne sommes pas bien servis.Mais noussommes dans une coalition qui a, à l’interne,d’autres coalitions. La répartition des postes peut être difficile. Mais si des gens peuvent quitter Bennoo pour aller dans une autre coalition, souvent contrenature, je pense qu’il est plus logique, pour les socialistes, de rester dans la coalition dans laquelle ils se trouvent déjà. Le Ps n’est pas très mal loti dans cette coalition, comme certains semblent le dire. Ce que je ne peux pas cautionner, est que,pour une raison ou une autre, qu’on se dise que le Ps doit avoir un candidat. Si le Ps doit avoir un candidat qui pourrait être ridicule, je pense que ce n’est pas la peine d’aller vers une candidature suicidaire.

Est-ce que vous ne donnez pas raison à ceux qui pensent que vous avez vendu le parti à Macky Sall ?

On ne peut pas vendre le Ps. Le Parti socialiste est un parti composé d’hommes et de femmes à qui on peut tout reprocher sauf le manque de loyauté et de fidélité. Etre socialiste, dans le Sénégal d’aujourd’hui, est une fierté pour moi. Il y a beaucoup qui sont comme moi dans le parti. S’il y a des gens qui ont vendu le parti, il faut les chercher ailleurs. Qu’on ait des ministères que nous occupons. Que notre leader Ousmane Tanor Dieng soit président du Hcct, ne veut pas dire quele parti a été vendu. Nous avions dit à Macky Sall que notre soutien entre les deux tours était un soutien acquis. Avant le deuxième tour, nous avions dit que tout candidat sauf Abdoulaye Wade qui arrive au deuxième tour, nous le soutenons. C’est ce que nous avons fait. Nous avions dit qu’on gagnerait ensemble et qu’on gérerait ensemble. C’est ce que nous sommes en train de faire, mais loin sans faux, nous n’avons vendu le parti à qui que ce soit. Le Ps est un parti souverain qui tient ses réunions de ses instances régulières, qui a son idéologie et son projet de société. Chaque fois qu’il y a une question qui est posée, nous donnons notre point de vue. Il ne faut pas se faire une fixation sur une candidature socialiste, si cette candidature n’a aucune chance de gagner.
Quel regard portez-vous sur la crise qui secoue le secteur de l’éducation ?
L’éducation est un secteur par nature très difficile. Dans tous les pays du monde, le secteur de l’éducation constitue un casse tête. Ce que je vois, est que l’éducation est un droit. Les Etats doivent beaucoup investir pour que les enfants puissent bénéficier d’une formation. Il se trouve que très souvent, par rapport à la marche du monde, les orientations néolibérales, beaucoup pensent que l’éducation et la formation ne sont pas un secteur productif. Ce qui fait que très souvent, les Etats ont des difficultés à trouver des financements pour prendre ce secteur en charge. Partant de là, ce sont les Etats qui essaient de trouver des moyens dans leurs budgets afin d’essayer de supporter et de soutenir le secteur de l’éducation. C’est pour cela que nous enseignants devons savoir raison garder dans nos revendications. Il est légitime que l’enseignant revendique de meilleures conditions de travail et de vie. Quand l’Etat dit voilà le point où il faut s’arrêter, au de-là duquelil ne peut plus supporter le coût, en tant que patriotes, nous devons prendre cela en compte et éviter de trop tirer sur la corde. Si nous continuons à tirer, seuls nos enfants vont en pâtir.

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